Vous avez sans doute remarqué, dans votre entourage, que la notion d’épuisement professionnel est de moins en moins rare. Et tout se passe un peu comme si cela était normal, dans le mon

quand on s’épuise, le verre ne déborde pas , il explose

de moderne.

L’image qui m’est souvent évoquée est celle du verre brisé. Au début, on assimile la surcharge (de travail, … mentale en fait) à un verre qui se remplit et qui pourrait déborder. Mais en fait il ne déborde pas. A un moment, il explose. Et alors le cerveau, le corps, ne répondent plus. Tout a lâché : plus de ressources, plus d’énergie, plus de confiance, plus de capacité à réfléchir… La reconstruction sera longue, très longue.

 

Comment la pièce se joue-t-elle le plus souvent?

A ma droite, une cause noble et pleine de sens. Ce peut être l’éducation, la santé, l’innovation, l’accompagnement, mais aussi l’envie de bien faire, de construire avec performance, de mener des projets, de satisfaire le client, de mener une mission pour le compte d’un donneur d‘ordres.

Au centre, une personne investie, dotée d’une grande conscience professionnelle et de valeurs morales, au point de ne plus écouter ses propres besoins, de ne pas poser aux autres ses limites.

A ma gauche, un environnement, le plus souvent hiérarchique, allant à l’encontre du sens de la mission. Un peu comme si on vous demandait de remplir toujours plus de verres d’eau, pour les donner à quelqu’un dont la mission sera de les vider, afin que vous en remplissiez de nouveaux. Souvent des personnes toxiques qui trouvent facilement leur place dans ce système, et se chargent de faire douter la personne investie, prisonnière de sa conscience professionnelle.

Comment le système se développe-t-il?

La personne s’investit fortement dans un travail qui la fait vibrer (charge de travail, investissement, engagement). Avec le temps elle se sent moins bien ( maux de tête, maux de ventre, frustration, fatigue, insomnies, douleurs….). Elle travaille davantage, s’écoute de moins en moins, subit de plus en plus la toxicité de son environnement. Elle est de plus en plus à “contre-valeur”. Elle a de plus en plus besoin de se justifier. Cela lui coûte beaucoup d’énergie.

Elle perd la lucidité sur la situation qu’elle vit, n’est pas forcément comprise de son entourage, ou a peur du regard des autres. Son corps envoie des messages de plus en plus forts. Et elle travaille de plus en plus, de moins en moins efficacement. Les erreurs surviennent.

Il devient urgent de s’arrêter mais la décision d’aller voir le médecin pour s’arrêter n’est pas facile. Il y a tellement de verres d’eau à remplir la semaine prochaine…..

Le paradoxe, c‘est qu’en se sacrifiant, la personne épuisée, et certains de ses collègues dans la même situation, permettent au système vicié de perdurer

Quel est le rôle de la décision pour endiguer le système ?

Plus vite la situation est identifiée, plus vite il est possible de s’extraire de cette dangereuse dynamique. Poser ses limites et le cadre à ne pas dépasser est une première décision salutaire. Se méfier de sa conscience professionnelle, aussi.

Le plus tôt possible, décider d’endiguer l’épuisement, en s‘arrêtant pour retrouver force, énergie et ressources ouvre toutes les chances de pouvoir changer de trajectoire et de retrouver un environnement épanouissant.

Décider de s’engager dans une nouvelle voie, trouver celle qui convient vraiment permet d’orienter toute l’énergie dépensée pour une cause utile, pleine de sens, qui rend heureux.

Bénéfice supplémentaire, en décidant de se préserver, chacun contribue à affaiblir les systèmes viciés qui perdurent à force d’user leurs serviteurs les plus zélés.

Alors plutôt que de laisser les verres se briser, et si nous alimentions de nouvelles sources.